Le marché des femmes à Hoi An, entre 1h et 5h du matin
Je pensais avoir fait le tour des marchés de Hoi An, mais celui-là m’a clairement pris par surprise. Situé juste après le petit pont de Cam Nam, ce marché nocturne réservé presque exclusivement aux femmes m’intriguait depuis un moment. Il ne s’adresse pas aux touristes, ne vend pas de souvenirs, et surtout… il commence au milieu de la nuit. Pas à 6h, pas à 5h, mais vers 1h du matin, quand tout le monde dort encore.
Par curiosité (et un peu de courage), j’ai mis le réveil pour aller y faire un tour. Ce que j’y ai vu, c’est un Hoi An que l’on ne soupçonne pas, un monde discret, efficace, ancré dans des traditions locales fortes. Ici, on ne crie pas. On travaille. Et on s’entraide. C’est simple, brut, et profondément humain.
Un marché qui se réveille quand tout le monde dort


Quand je suis arrivé sur place, il était un peu plus d’une heure du matin. Les rues de Hoi An étaient désertes, les lampadaires tamisaient à peine la pénombre, et seuls quelques aboiements lointains rompaient le silence. En traversant le pont de Cam Nam, j’ai aperçu les premières silhouettes s’activer sous la lumière crue des néons portables ou des lampes frontales.
Pas de bruit inutile, pas de klaxons, pas de musique. Juste des femmes en train de déballer leurs sacs remplis de légumes, de moules ou de maïs, installant leurs étals à même le sol. Chacune sait exactement quoi faire, où se placer, à qui vendre. L’ambiance est calme, presque posée, mais tout le monde bouge vite : le marché n’a que quelques heures pour exister, avant que le jour se lève et que tout disparaisse.
À cette heure-là, on a l’impression d’être dans un monde parallèle, un marché fantôme réservé à une poignée d’initiés. Et pourtant, il se tient tous les jours, avec une régularité impressionnante.
Une affaire de femmes (et parfois de maris dévoués)


Ce qui frappe tout de suite, c’est que le marché est presque entièrement tenu par des femmes. Elles arrivent à vélo, à pied ou à moto, souvent chargées comme des mules, mais toujours organisées. Certaines ont plus de 60 ans, d’autres à peine la trentaine. Elles déchargent, trient, installent, vendent… sans jamais hausser la voix.
De temps en temps, un homme apparaît. Un mari qui aide à porter les sacs, qui attend patiemment en fumant une cigarette ou qui repart vite après avoir déposé sa femme. Ils sont peu nombreux, mais on sent qu’ils sont là pour prêter main forte, pas pour diriger. Le marché, ici, c’est une affaire de femmes, et elles le gèrent d’une main ferme.
Ce n’est pas le genre d’endroit où l’on bavarde pour tuer le temps. Tout le monde se connaît, les échanges sont rapides, précis. Il faut vendre vite et bien, avant que le soleil ne se lève. Et pourtant, malgré la fatigue visible sur certains visages, il y a une forme de sérénité dans leur manière de travailler, presque une routine bien huilée qu’on ne veut pas perturber.
Produits frais, 100 % locaux


Ici, rien ne vient de loin. Tout est cultivé, pêché ou préparé à Hoi An ou juste à côté. Les paniers débordent de maïs gluant de Cam Nam, de légumes verts du village de Tra Que, de moules de la rivière Hoai, de crevettes fraîches, de poisson encore humide. Le tout est trié, nettoyé, prêt à partir vers les restaurants ou les petits vendeurs du matin.
Un détail m’a marqué : les moules sont déjà filtrées, emballées avec soin, et souvent accompagnées d’un sachet de jus de moule sucré et parfumé. Tout est fait pour gagner du temps, pour que les acheteurs puissent directement revendre ou cuisiner sans perdre une minute.
Le maïs collant, lui, a carrément sa propre zone. Il est pelé, mis dans de grands sacs en plastique, vendu au kilo à un prix dérisoire, parfois par dizaines de kilos. À 2h du matin, j’ai vu une femme charger plus de 30 kg sur son vélo sans broncher.
On sent que ce marché alimente toute une économie parallèle, celle qu’on ne voit pas quand on se promène à 10h dans les rues touristiques de Hoi An.
Un marché qui tient debout depuis plus de 30 ans


Ce marché du pont Cam Nam, ça fait plus de trente ans qu’il existe, discrètement, sans jamais faire de bruit. À l’origine, il n’y avait rien d’organisé. Juste quelques femmes qui venaient vendre leurs légumes avant l’aube, à la lueur d’une lampe à huile. Aujourd’hui, il y a un peu plus de lumière, quelques bâches tendues, des balances électroniques… mais l’esprit n’a pas changé.
Le marché reste rustique, modeste et profondément ancré dans la vie quotidienne locale. Il ne s’est jamais transformé en attraction. Il n’est pas là pour attirer les curieux, mais pour nourrir une ville. Les habitudes se transmettent : certaines femmes y travaillent depuis plus de vingt ans, d’autres ont repris la place de leur mère, sans même se poser la question.
Ce n’est pas le genre d’endroit qui cherche à grandir ou à se faire connaître. Et c’est justement ce qui le rend authentique.
Ce que j’ai ressenti au marché de Cam Nam


Je ne vais pas vous mentir, se lever à 1h du matin pour aller voir un marché, ça ne fait pas rêver. Mais je ne regrette pas une seconde. Ce que j’ai vu là-bas, c’est le vrai Hoi An, celui qu’on ne voit jamais sur les brochures ni sur Instagram.
J’ai été bluffé par la dignité de ces femmes, leur calme, leur efficacité. Elles bossent dur, souvent dans l’ombre, sans jamais se plaindre. Leur sourire, même discret, en dit long. Il y avait une vieille dame de plus de 70 ans, debout, pliée sur son tas de maïs, qui faisait son boulot comme si c’était une évidence. J’ai appris qu’elle venait ici tous les jours, depuis plus de quinze ans. Pas par obligation, mais parce que c’est sa routine, sa place.
Ce marché m’a rappelé que derrière les jolies lanternes et les rues piétonnes, il y a des gens qui tiennent la ville debout, à des heures où personne ne les regarde. Et ça, ça mérite le respect.
Mon avis
Si vous cherchez une expérience authentique à Hoi An, le marché du pont Cam Nam vaut le détour. Ce n’est pas une visite facile : il faut se lever tôt (ou ne pas se coucher), y aller discrètement, sans déranger le rythme de celles qui y travaillent. Mais si vous respectez l’endroit, vous découvrirez un marché unique, ancré dans la réalité locale, loin du folklore touristique.
On n’y va pas pour acheter un souvenir, mais pour comprendre une autre facette de la ville. Un monde de travail invisible, tenu à bout de bras par des femmes courageuses, solidaires, et fières de ce qu’elles font.
C’est une parenthèse précieuse, hors du temps, que je recommande à tous ceux qui veulent voir Hoi An autrement.

